Vasile Muresan-Murivale

Arcalia

21 juillet - 30 août 2015

Exposition Vente Arcalia, Vasile Muresan-Murivale
21 juillet - 30 août 2015

Arcalia. Le nom roumain de cette minuscule bourgade de Transylvanie renvoie inévitablement à l'Arcadie, à ses bergers, au bonheur serein quelque peu lugubre du Paradis perdu. Il ne se passe rien à Arcalia. Une vie paisible, sans anicroches, promesse d'un passage en douceur vers l'au-delà. Le nom hongrois, Arokalja, ne me fait absolument pas le même effet. Il me suggère plutôt la volupté d'une plante grasse. Les allemands eux, ont donné à cet endroit le nom de Kallesdorf. Ni romantisme ni exotisme pour eux, un village auquel il fallait bien donner un nom. Par pur patriotisme, je garde une préférence pour Arcalia. Les collines, la rivière, le jardin dendrologique, tout dans ce village incite au repos, fut-il éternel. Perdu eux confins de l'Europe, oublié de tous, épicentre de nulle part. Sans oublier le Château de Bethlen. Manoir rural solidement ancré dans le néogothique et abritant un improbable centre de la francophonie. Au milieu de ces paisibles contrées est venu au monde Vasile Muresan. Bien plus tard, il s'est pris comme nom d'artiste « Murivale », sorte de formule incantatoire destinée à faire descendre les vallées (« vale ») d'Arcalia jusqu'au cœur de Bucarest, capitale moderne, hostile et dépourvue d'âme.

Le passage des collines aux quelques 780 habitants éparpillés à cette ville tentaculaire où plus de deux millions d'êtres se côtoient sans jamais se croiser a sans doute constitué un traumatisme pour le jeune Vasile. Dans le même temps, c'est à cause ou grâce à cette transhumance qu'est né Murivale. Sa rétine était imprégnée des couleurs de son pays, habité qu'il était par la langueur des prairies, par le tumulte des nuages parfois accrochés au clocher du village. Ce qu'il cherchait, était la manière de faire connaitre cet univers au reste du monde. Il souhaitait de toutes ses forces parler d'une voix audible au nom de ces arcaliens oubliés. Et, alors même qu'il est parvenu à porter cette parole bien au-delà des frontières de son pays, Murivale garde au fond de son regard les paysages d'Arcalia. Il y a laissé bien plus que sa famille, il y a laissé son âme d'enfant, son Paradis. Lorsqu'il y retourne, pour certains c'est le retour du fils prodigue, pour d'autres- un non événement comme tant d'autres. Ceux d'entre les fils du village ayant réussi leur vie et leur migration, reviennent au volant de grosses voitures allemandes et bâtissent des maisons plus vastes que l'église. Murivale revient avec quelques tubes de peinture et des toiles vierges. Là où les autres repartent les mains vides pour avoir déchargé le fruit de leur travail, Murivale s'en va nourri de sens et de couleurs.
Il a été l'élève des plus grands maîtres roumains de son époque et nombreux sont ceux qui estiment qu'un jour il sera à leur côtés, référence de son temps. Il a développé des techniques artistiques novatrices, a utilisé le numérique alors que rares étaient ceux qui osaient imaginer une utilisation artistique des nouvelles technologies, a navigué avec bonheur et originalité à travers pratiquement tous les genres. Et pourtant, ce qu'il parvient à exprimer lorsqu'il « parle » d'Arcalia est sans égal. Un monde haut en couleurs comme l'était sans doute celui de la Création. Une église, un clocher, des peupliers au bord d'une rivière. Parfois une silhouette. De petits riens. Des miettes d'âme éparpillées sur le chemin d'une vie, permettant de ne jamais oublier, même si l'on sait le chemin du retour interdit.
Ce sont ces toiles que Murivale nous envoie sur les bords de la Méditerranée. Au-delà des paysages-une autre Europe, d'une authenticité vivante, pour nous transformée depuis longtemps en nostalgie. 47.08N 24.35E . Un minuscule point sur la carte, donnant accès au Paradis.